Je ne sais pas si c’était vraiment mon tout premier contact avec l’art, mais l’un de mes souvenirs les plus forts d’enfance, c’est ma fascination pour les Disney, et notamment La Petite Sirène. J’étais particulièrement sensible à cet univers aquatique, à tout ce monde sous-marin qu’on pouvait inventer et faire exister à l’écran.Je crois que c’est là que j’ai commencé à comprendre à quel point le dessin pouvait être libre : il permet de donner vie à des choses qui n’existent pas, à des mondes qu’on aimerait voir exister. L’imagination et la magie ne sont plus seulement dans notre tête, elles peuvent prendre forme, en couleurs et en mouvement.
Je dessinais des chevaux et des paysages en permanence. C’était quasiment mon unique sujet ! J’étais fascinée par cet animal, son élégance, son mouvement, mais aussi par le contraste entre lui et les grands paysages immobiles qui l’entouraient. Je crois que j’aimais déjà raconter des choses à travers les décors, faire cohabiter le vivant et l’immobile.
J’ai longtemps préféré travailler seule, chez moi, dans ma petite bulle. Depuis peu, j’ai un atelier partagé, et je découvre le plaisir de travailler entourée de monde tout en restant dans mon coin. Finalement, mes habitudes n’ont pas tellement changé : je bois du café et j’écoute de la musique quand je réfléchis, que je cherche une idée ou que je dessine mes premiers traits. Une fois que l’idée et le crayonné sont posés, je passe aux podcasts pendant la réalisation de l’image. À ce stade-là, mon cerveau peut se concentrer sur les couleurs et les petits détails tout en écoutant quelqu'un parler!
Le crayon de couleur ! C’est arrivé un peu par hasard, à l’occasion d’un voyage à l’étranger. Je voulais emporter un médium léger, peu encombrant, facile à sortir pour croquer un paysage ou garder une trace d’un endroit. Et là, révélation !J’aime son côté accessible, presque régressif : c’est le médium de l’enfance qui a traversé les années et avec lequel je continue de m’amuser à l’âge adulte. Il y a quelque chose de très libre dans le crayon de couleur, qui permet de faire plein de choses que j’aime : des aplats, des jeux de transparence, des réserves de blanc… On peut aller vers des couleurs très vives ou, au contraire, quelque chose de très doux. C’est un outil tout simple, mais avec une palette de possibilités immense.
Un peu de partout : de ma vie, de celle des autres, de l’actualité, d’une sensation ou parfois même d’une réaction que j’aimerais provoquer. Je suis très inspirée par le quotidien. Les choses banales, les petits riens, les situations qu’on ne remarque presque plus me touchent souvent dix fois plus que le spectaculaire. J’aime bien l’idée qu’une image puisse faire surgir quelque chose d’un détail tout simple, qu’elle nous invite à regarder autrement ce qu’on pensait déjà connaître.
Alors oui, beaucoup, beaucoup !Côté artistes, il y a Paul McCartney, que j’écoute religieusement tous les jours ; Pénélope Bagieu, qui est un peu ma maîtresse à penser ; et Hayao Miyazaki, qui est probablement la personne dont le travail m’inspire le plus. Côté lieux, il y a Belle-Île-en-Mer, qui occupe une place immense dans mon cœur et dans mon imaginaire. C’est une véritable muse pour moi. J’aime tout là-bas : les couleurs, la lumière, l’isolement, les endroits qui se méritent, la météo capricieuse… Et puis il y a L’Oiseau canadèche, de Jim Dodge. Ce livre rassemble tout ce que j’aime : l’absurde, la beauté, la tendresse et une certaine façon de regarder le monde de travers. J’aurais rêvé d'écrire ce livre.

Je dirais La Dame Oiseaux, c'est une illustration que j’aime particulièrement, autant pour le sujet que pour sa gamme chromatique. Elle rassemble plein de choses qui me sont chères : les oiseaux, l’abstraction, le flottement, la réserve de blanc et le crépuscule.C’est une image dans laquelle j’aime me perdre un peu. Elle laisse de la place à l’imaginaire, sans tout raconter, et c’est quelque chose qui me plaît beaucoup dans une illustration : quand elle suggère autant qu’elle montre.
Le paysage ! Il s’agit d’un coin de Belle-Île-en-Mer, avec une vue sur l’océan depuis un endroit de l’île que j’adore. C’est un paysage assez intime, un lieu qui compte beaucoup pour moi.
Dans un salon, pourquoi pas, mais je l’imagine peut-être encore mieux dans une chambre. Un endroit calme, doux, un peu hors du temps, où l’on peut laisser son regard se perdre et son esprit vagabonder. Une image qui ne demande pas forcément qu’on la regarde, mais qui est là, tranquillement, pour accompagner les rêveries.
J’aimerais beaucoup voir l’illustratrice et plasticienne Julia Desfour. J’aime énormément son univers graphique, sa sensibilité au volume et la façon dont elle observe la ville, telle une machine et celles et ceux qui l’habitent.Elle est architecte de formation, comme moi, et je retrouve dans ses sujets comme dans ses techniques de travail des choses qui résonnent très fort avec ma propre sensibilité. Son travail me parle beaucoup, et je serais vraiment ravie de la voir rejoindre Aldo !










