Mon premier contact avec l’art est passé par les livres. Je me souviens notamment de La Maison hantée, un livre pop-up de Jan Pienkowski que je pouvais manipuler pendant des heures. J’aimais autant les surprises qui se cachaient dans les pages que les volumes qui se déployaient. Petite, j’aimais aussi beaucoup la série La Famille Souris du japonais Kazuo Iwamura. Ces histoires de petites souris fourmillent de détails. Je pouvais passer beaucoup de temps à observer les images et à y découvrir de nouvelles choses. Je crois que j’ai gardé ce goût pour les illustrations dans lesquelles on peut se perdre.

Oui, et c’est assez drôle, car il est encore affiché chez ma mère aujourd’hui ! C’est certainement un autoportrait. À l’époque, j’avais utilisé un verre pour tracer un cercle pour le contour de visage. J’étais déjà fascinée par l’idée qu’on pouvait utiliser un objet pour obtenir une forme géométriquement parfaite. Le résultat était une grosse tête bien rouge, immense par rapport aux tout petits paysages qui l’entouraient.
Je mets de la musique ou un podcast en prenant mon temps. Je ne cherche pas forcément à avoir une idée précise dès le départ : j’aime laisser les choses apparaître progressivement. Souvent, les meilleures idées arrivent justement quand je ne les force pas. Je travaille beaucoup sur ordinateur, en explorant différentes variantes d’une même image. J’aime ensuite les exporter et les regarder sur mon téléphone à un autre moment de la journée. Ça permet de prendre du recul et de revenir sur l’image avec un œil neuf. C’est souvent à ce moment-là que je remarque un détail à déplacer, une forme à modifier ou un élément à ajouter pour que la composition trouve son équilibre.

J’ai une affection particulière pour le dessin au feutre noir très fin, sur une simple feuille A4. J’aime le côté direct et spontané, quelque chose qui peut parfois se perdre dans le rendu final d’ailleurs. Je suis attachée aux accidents et aux imperfections. Même lorsqu’une image est très aboutie, j’aime qu’elle conserve une part de spontanéité, quelque chose de sensible qui laisse deviner le geste d’origine.
Souvent, de choses très ordinaires : un souvenir, une capture d’écran d’un film, une conversation entendue dans un café, parfois même des bouts de rêves… Je collectionne toutes ces petites choses sans forcément savoir ce que j’en ferai. J’aime partir d’une émotion plutôt que d’un sujet précis. Une idée peut rester dans un coin de ma tête assez longtemps avant de refaire surface et de trouver sa place dans une image.
Je suis sensible aux images ouvrent des fenêtres sur l’imaginaire et laissent toujours une part de mystère avec les tableaux de Magritte par exemple. Je suis aussi sensible à scènes du quotidien de David Hockney, Matisse pour ses formes et couleurs, mais également les natures mortes ou les illustrations scientifiques. Je garde précieusement près de moi le livre A Garden Eden qui recense des merveilles botaniques. Les musées et galeries sont évidemment une grande source d’inspiration, mais j’aime aussi observer la ville : les gens en terrasse, les vitrines. Ce sont souvent ces choses très simples qui finissent par nourrir mon imaginaire.

Ces trois affiches sont nées de l’envie de composer de petits univers, à la croisée de l’illustration, du collage et de la nature morte. J’aime jouer avec les formes, les couleurs et les associations inattendues, en mélangeant des éléments familiers avec des détails un peu absurdes, parfois presque surréalistes. L’affiche Cheese Please est partie de mon envie de célébrer les plaisirs simples, la convivialité et les petits rituels autour de la nourriture. Le fromage devient ici un sujet graphique à part entière : ses formes, ses textures et ses couleurs composent presque un paysage. J’aime son côté joyeux et légèrement décalé, qui transforme une scène du quotidien en une image ludique, avec une petite touche d’humour.
Il y a un petit détail qui me plaît particulièrement : le saint-nectaire, en haut à droite, commence à développer de la moisissure. C’est assez discret, mais j’aime cette petite touche de réalisme, presque vivante, qui vient troubler le côté très composé de l’image.
Dans une cuisine, évidemment ! Mais je l’imagine aussi très bien au-dessus d’un bureau, dans un salon ou dans un couloir, à un endroit où l’on passerait devant tous les jours. J’aime l’idée qu’une image puisse devenir familière, presque comme un objet qui fait naturellement partie de la maison, tout en continuant à attirer le regard de temps en temps.
J’aimerais beaucoup voir rejoindre Aldo des artistes qui ont un univers très personnel, difficile à classer dans une seule catégorie.








